J’ai peur de l’école

L’école et moi, nous ne sommes pas copines.

Mais genre vraiment pas.

Au delà de mon départ de l’Education Nationale en tant qu’enseignante, j’ai vécu l’enfer en tant qu’élève, et ce, dés le plus jeune âge.

Petit contexte avant de vous livrer mon parcours scolaire tristement banal : j’étais une enfant qui adorait apprendre! J’étais curieuse de tout. J’adorais tester, échouer, recommencer. Je copiais ma soeur de 6 ans mon ainée tout le temps. Ainsi je connaissais les tables de multiplication en rentrant en maternelle, et quand ma soeur apprenais ses poèmes, je savais les réciter avant même qu’elle les retienne au complet. A la bibliothèque, je prenais toujours des livres de choses à faire : jardinage, cuisine, classification des animaux, expériences scientifiques, maquillages, déguisements, coutures… Bref, j’avais soif d’apprendre, mais surtout de FAIRE et d’expérimenter.

Je me rappelle à la maternelle avoir été malade une fois et avoir manqué une semaine de classe (salmonelle, hospitalisation et tout le tintouin). A mon retour, l’institutrice me privait de récréation pour que je rattrape les découpages, coloriages et comptines faites pendant mon absence. Oui, oui, tu as bien lu : en maternelle! Double punition pour moi : après avoir été malade et privée d’école, j’étais privée de jeux. Du coup forcément sur les temps de classe, j’étais moins tenable, et c’est là que les punitions et autres humiliations ont commencé. D’abord rejetée par la maîtresse (tu le vois le cercle vicieux de privée de récré > intenable en classe > privée de récré > encore plus intenable > encore privée de récré > etc) forcément mes petits camarades ont suivi. Normal, à cet âge là, on imite beaucoup les adultes.

Est arrivé l’école primaire et une instit que je n’oublierai jamais qui a tout de suite compris mon caractère et a su me canaliser. Avec elle j’ai fait une entrée merveilleuse au CP, une année dont je garde un très bon souvenir. Un petit paradis avant la descente aux enfers, la vraie. Avant mon enseignant de CE1 qui m’a littéralement détruite.

C’est un peu dur pour moi de parler du CE1, car c’est vraiment là où toute ma scolarité (allé, j’ose, ma vie!) a basculé. Voyez vous, autant j’avais une instit’ de CP qui me comprenait, autant mon instit’ de CE1 n’a voulu qu’une chose : me mater. Oui, oui. Là aussi tu as bien lu. Un enseignant passé la quarantaine qui s’était fixé pour mission de mater une enfante de 7 ans. Ca a donc commencé insidieusement, par des humiliations en classe parce que je finissais la première les exercices donnés (enfante précoce, bonjour), puis il y a eu les punitions publiques, à venir copier au tableau puisque j’avais fini et que je me permettais de lever la main pour demander ce qu’on faisait quand on avait fini. Et après les punitions publiques, il y eut les punitions secrètes.

Vous ne savez pas ce que c’est qu’une punition secrète ? Attendez je vous explique. A l’heure de noter les devoirs, juste avant de faire les cartables et de sortir pour aller retrouver nos parents, moi je devais rester le cahier de texte ouvert et attendre que les autres enfant.e.s sortent à l’heure où la cloche sonnait. Une fois la classe vide, je devais notre une punition dans mon cahier de texte. Punition qui était en fait des lignes à copier et que j’avais instruction de faire sans que mes parents le sachent. Si mes parents l’apprenaient, ils me puniraient encore plus. C’était donc pour mon bien qu’il me disait de le faire sans que mes parents le sachent.

Ainsi ont commencé mes troubles du sommeil. Le soir, après l’heure du coucher, je me relevais pour faire mes punitions. Donc je faisais semblant de m’endormir pour que ma mère ressorte de la chambre et je me relevais ensuite. La seule fois où je me suis endormie « pour de vrai » c’est le jour où les châtiments corporels ont commencé. Alors autant vous dire qu’après ça, je ne me suis plus jamais endormie sereinement, ni avant ni après avoir fait mes punitions. Je vérifiais cent fois que je n’avais rien oublié. J’en faisais d’avance, au cas où j’en aurais d’autre et au cas où j’avais oublié d’en noter.

Seulement, vous vous rappelez, j’ai une soeur de 6 ans mon aînée. Et elle le soir, elle dormait. Ou du moins, elle aurait bien aimé, si ça petite soeur ne faisait pas du bruit dans sa chambre! Après des soirs de disputes entre soeurs, elle est allée voir ma mère pour lui dire que le soir, je faisais semblant de dormir et qu’ensuite je me relevais. Ma mère a donc décidé de m’espionner pour savoir ce que je pouvais bien faire ainsi le soir! Et elle a découvert tout : les punitions notées au samedi (quel.le.s parent.e.s iraient regarder au samedi dans le cahier de texte de son enfant.e, hein?), les pages de lignes copiées d’avance pour rien, puisque chaque jour ce que je devais copier changeait, et surtout : la manipulation.

Forcément, quand elle est entré dans ma chambre, j’ai explosé en pleurs la suppliant de ne pas me punir en plus. Et à son « mais pourquoi je te punirais? » j’avais tout raconté. Autant vous dire que dans l’esprit de ma mère, ça n’a fait qu’un tour. Le lendemain elle avait rdv avec le directeur et l’instituteur, preuves à l’appui de tout le manège malsain qui durait depuis des mois. Et des solutions ont été trouvées.

Enfin ça, c’était la théorie.

Parce qu’en réalité, les humiliations au sein de la classe ont continué, pour le plus grand amusement de tou.te.s mes camarades pour lesquel.le.s j’étais devenues la bouffonne de la classe, avec en prime des petits coups. Petites tapes sur la joue, petites tapes sur les fessses, petits coups de pieds, petits coups de livre sur la tête… Et puis un jour, le coup de trop. Le coup. Le vrai. Règle en fer contre petite main enfantine. Ce soir là, mon instit’ m’a accompagnée jusqu’à ma mère pour expliquer la main bleue-noire, potentiellement cassée. Il s’est caché derrière mon caractère ingérable (comment on dit aujourd’hui ? enfant à haut potentiel ? précoce avec tdah ? bref, tu vois le tableau). Inutile de dire que ma mère a piqué un scandale haut et fort devant tou.te.s les parent.e.s d’élève et le directeur. Et que je n’ai plus jamais remis les pieds dans cette école. C’était le mois de mai. Je venais de passer un an en enfer.

Je vous/me laisse digérer ça dans un premier temps, et je vous parle de la suite de ma souffrance scolaire dans un prochain article, si vous le voulez bien.

6 réflexions sur “J’ai peur de l’école

  1. Cendra dit :

    J’ai toujours autant de mal à lire des témoignages comme le tiens d’enfant malmenés ou plutôt maltraités et harcelés à l’école. Ta première phrase, j’aurais pu l’écrire, c’est cette phrase que j’emploie moi même lorsque le sujet de l’école arrive dans une conversation.
    Quelle horreur cette instit’… Elle me rappelle deux des miennes…
    J’ai hâte (et peur aussi) de lire la suite!

    Aimé par 1 personne

  2. jmeop dit :

    À la toute base, j’étais partie pour écrire un article sur ma peur de la scolarisation de Crapouillou qui fera sa rentrée en septembre. Et je me suis retrouvée à écrire sur ma propre scolarité, c’était intense et cathartique mais y a tellement de choses qui sont ressorties. Ça a été éprouvant à écrire et je suis désolée de lire que ça t’a rappelé tes propres instit 😢

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  3. Picou dit :

    Oh! Comme c’est dur de lire ces lignes…L’école ne devrait JAMAIS être cela! J’espère que l’écrire pourra déjà t’aider à être plus en paix et moins appréhender cette étape pour tes enfants…En te rappelant que, bien sûr, ce que tu as vécu était exceptionnel, et ne devrait pas leur arriver…

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    • jmeop dit :

      La dernière partie e ton commentaire est très pertinente : justement je ne sais pas si ce que j’ai vécu est si exceptionnel que ça. À chaque fois que j’aborde le sujet de ma scolarité avec des nouvelles connaissances il y a toujours au moins une personne qui a une histoire similaire. 😖
      La question que je me pose c’est surtout de scolariser ou non Crapouillou (l’IEF me fait de l’œil) et si on le met à l’école, comment l’armer pour faire face sans passer du côté des bourreaux.

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