L’amour engendre l’amour

Souvent, quand je me revendique maman bienveillante, militante contre les violences «  »éducatives » » ordinaires, on me demande pourquoi, pourquoi avoir voulu prendre un chemin sans «  »éducation » » ?

Pour celleux qui me connaissent, j’ai déjà eu droit à des remarques peu aimables et malhabiles :

Forcément quand on a été maltraitée, on voit le mal partout.

Tu feras une crise d’opposition toute ta vie, c’est pour ça.

Je ne saurais contredire ces personnes là. Avoir eu une enfance difficile m’a clairement fait me promettre à moi-même que jamais je ne reproduirai cette violence subie. Pourtant j’aurais pu prendre le parti de la fessée-qui-n’a-jamais-tué-personne ou de la petite tape-juste-pour-faire-comprendre ou encore du sermon-vexant-mais-pas-trop-pour-qu’il-comprenne. Après tout, quand on y pense, ça aurait déjà été une amélioration spectaculaire en comparaison de ce que j’ai vécu. Sauf  que, voilà, il faut que je le dise une bonne fois pour toute…

Il n’y a pas de « seuil » de violence acceptable pour éduquer.

Je m’étais jurée de ne jamais être violente avec mon fils, alors comment accepter une «  »petite » » fessée ou de hausser le ton à son encontre?  Et pourtant j’ai été, par le passé, très violente avec les gens de mon entourage. Je ne savais pas faire autrement. Pour moi, le rapport à l’autre se passait dans la confrontation et le conflit. Impossible de faire autrement. Je sais aujourd’hui que j’ai fait à l’époque beaucoup de mal. Ca m’a pris du temps pour le réaliser et l’accepter.

Et puis, je suis devenue maman.

Devant ce petit bout de nous qui grandissait à chaque fois que je clignais des yeux, je me suis retrouvée absolument perdue. Bien sûr que je ne voulais pas être violente, mais je ne savais pas comment faire. Alors je me suis inondée de lectures : Filliozat, Gueguen, Faber & Mazlish, Gordon, Montessori, Freinet… J’ai la sensation d’avoir tout lu sur le sujet.
J’étais d’abord fascinée qu’autant de personnes se soient penchées sur le sujet d’une autre éducation, d’une évolution de l’enfant par l’autonomie, la confiance, l’expérimentation, la bienveillance… Fascinée que des pays aient interdit, depuis des années, la fessées et autre humiliations. Fascinée qu’autour de moi rien de tout ça ne soit connu, promu, reconnu.

Je voulais vous parler de mes lectures et puis j’ai découvert une vidéo qui résume tout ça tellement bien : Si j’aurais su, je serais né en Suède dont je vous conseille le visionnage si vous voulez voir comment se passe une enfance sans «  »éducation » » comme on l’entend en France.

Une phrase résume bien tout ça :

La violence engendre la violence.

L’amour engendre l’amour.

Et c’est en lisant cette phrase que j’ai compris pourquoi j’avais choisi d’élever mon enfant plutôt que de « l’éduquer » : je ne veux pas que Crapouillou soit victime de la violence que j’ai reçue. Je préfère que le cercle vicieux de la violence «  »éducative » » s’arrête avec moi pour moi famille et débuter un cercle vertueux d’amour parental. J’aimerais que Crapouillou grandisse avec cette notion fondamentale que la violence ne sert à rien, et que celui qui s’énerve/crie/frappe/attaque est toujours perdant.

Voilà. Plutôt que de vous parler un à un de tous les livres que j’ai lu, je préférais vous donner le lien vers la vidéo qui résume bien tout ça. Et si d’aventure vous vouliez explorer le sujet un peu plus, voici les livres incontournables (à commander chez votre libraire plutôt que sur Amazon 😉 ):

  • Au coeur des émotions de l’enfant, Isabelle Filliozat
  • J’ai tout essayé, Isabelle Fillozat
  • Il n’y a pas de parent parfait, Isabelle Filliozat
  • Pour une enfant heureuse, Catherine Gueguen
  • Vivre heureux avec son enfant, Catherine Gueguen
  • Parler pour que les enfants écoutent. Ecouter pour que les enfants parlent, Adèle Faber et Elaine Mazlish

Et bien évidemment, la vidéo Si j’aurais su, je serais né en Suède

STOP VEO – La campagne

Comme je l’ai exposé ici à de plusieurs reprises, j’ai découvert en devenant maman ce qu’était la Violence Educative Ordinaire. Et par la même occasion, j’ai découvert ce qu’était l’éducation non violente et bienveillante.
Venant moi-même d’une famille maltraitante, j’ai eu envie de m’engager un peu plus dans la lutte contre ces violences ordinaires, au delà de ma famille nucléaire.

Rien que la dénomination devrait donner envie de s’engager : violences éducatives ordinaires.
ORDINAIRES !

A chaque fois que j’emploie le terme de VEO, ça blesse l’enfant en moi qui a souffert de maltraitances que personne n’a jamais vues, parce que le comportement parental maltraitant était accepté, intériorisé comme une certaine normalité. Si ce n’était la norme sociétale, c’était la norme du cercle social.

« C’est la famille Machin, c’est normal »

STOP VEO

Une raison supplémentaire qui m’a poussé à m’engager : les violences ordinaires cachent parfois plus. Et si elles n’étaient plus tolérées, peut être serait-il plus facile de repérer les véritables maltraitances. Peut être. En attendant, j’ai rejoint un groupe militant pour abolir les violences encore tolérées de nos jours.
Moi qui étais habituée aux groupes et forums d’échanges sur la parentalité bienveillante, sur l’entraide pour se sortir des VEO qui sont, bien trop souvent, le seul modèle éducatif qu’on connait, j’ai été relativement choquée par l’intransigeance des militant.e.s de STOP VEO. Elles sont passionnées, animées, engagées, déterminées … mais les rejoindre, c’était rejoindre la lutte. Je crois que je ne m’étais pas imaginé ça, ou du moins pas comme ça. Mais en fin de compte, ça me permet de garder aussi un regard intransigeant quand, sur d’autres groupes, une maman vient confier qu’elle a giflé/crié/brusqué son enfant et de moins sombrer dans l’empathie pour le parent abusif, chose que j’avais tendance à faire, sans doute parce qu’une partie de moi voudra toujours essayer d’excuser mes parents. (psychologie de comptoir, bonsoir!)
J’ai un peu perdu mon côté bisounours-qui-veut-voir-le-bien-en-chaque-être-humain et je me suis un peu plus endurcie dans mon discours, pour le meilleur je l’espère.

Concrètement

Je voulais vous en parler plus tôt mais ma santé couplée aux récents événements ont retardé la sortie de ce billet. L’action de ce mois était plutôt simple : envoyer des courriers au gouvernement. Une lettre ouverte pour une loi contre les violences envers les enfants à poster cette semaine pour en faire une action groupée.

Alors dans le contexte actuel, ça peut sembler dérisoire. Il ne se passe pas un jour sans que je remette en question les causes qui me tiennent à coeur… Et puis, quand j’ai vu fleurir sur les réseaux sociaux des messages appelant à la paix, à l’amour, à l’harmonie, à la tolérance et à la bienveillance, je me suis dit que cette action était finalement plus pertinente que jamais.

Alors non, je n’irai pas jusqu’à m’aventurer à dire que tous les assassins sont nés innocents et purs. A ce jour, on sait pertinemment que la psychopathie, entre autres, a des déterminations biologiques conditionnantes (si j’ai bien compris le jargon des quelques articles scientifiques que j’ai essayé de lire sur le sujet). Toutefois, je nourris cette idéal que des enfants bien traités grandiraient pour être des adultes plus équilibrés. Je suis moi-même la preuve que la violence engendre la violence, puisqu’il m’aura fallu 26 ans et devenir maman pour réaliser le mal que j’avais subi et fait subir.

La semaine n’étant pas finie, si vous voulez participer à cette action, c’est encore possible! Vous pouvez télécharger les courriers à envoyer sur le site http://stop-veo.fr/

J’aurais pu être une personne toxique

Depuis quelques temps, je vois fleurir sur la toile des articles sur les personnes toxiques : comment les reconnaitre, les éviter, s’en protéger. Et en lisant tous ces articles, j’ai réalisé que j’aurais pu être une personne toxique. Certaines descriptions ont fait écho à des situations que j’ai vécues, où j’ai reconnu dans la personne toxique à éviter certains comportements que j’ai pu avoir vis à vis de personnes de mon passé. Autant vous dire que j’ai mis du temps, beaucoup de temps, avant d’écrire ce billet.

J’ai repensé à toutes ces situations où j’avais joué de la culpabilité et étais rentrée dans des colères noires frauduleusement drapées de vertu ; à cette place de victime que j’ai si souvent occupé ; à cette «  »force » » (oui, doubles guillemets, il faut bien ça) que me procurait la capitulation, l’affrontement et le rejet ; à ces années passées à avoir tant d’ennemi.e.s ; à cette vie de colère constante… Et j’ai voulu comprendre.

Toxique

Pourquoi aurais-je pu devenir une personne réellement toxique ? Je ne prétends pas avoir une réponse figée dans le marbre, mais seulement des pistes de réponses. Certainement que les violences physiques et psychologiques de mon enfance y sont pour beaucoup, surtout que ces violences n’étaient pas discrètes mais personne n’a jamais réagi pour nous protéger. Et quand on voit le monde ne pas se préoccuper de vous, non seulement on grandit sans se préoccuper du monde, mais en plus on grandit avec cette sensation déformée que le monde vous doit quelque chose (réparation pour l’enfance bafouée ? les années d’innocence perdues dans l’indifférence générale ?).
Ensuite j’ai mis beaucoup, beaucoup, beaucoup (trop) de temps à me sortir de ces émotions négatives. Le soucis quand on est dans ce genre de spirale, c’est qu’il est dur de s’en sortir. Ca s’apparente à un genre de dépression : je vais mal > je fais du mal > je vais mal > je fais du mal > etc. Ca m’a demandé du temps, une grosse remise en question, une coupure totale avec mon passé, de la volonté et les bonnes personnes à mes côtés (je dirais même LA bonne personne) pour comprendre que je pouvais me détacher de tout ça et à tendre vers une vie plus sereine.

Vous le savez, la bienveillance éducative est primordiale dans ma vie et c’est un défi au quotidien. Et plus je me documente, plus je lis sur les conséquences de la VEO, de la maltraitance, plus je comprends ce qui m’a façonnée et j’arrive à cicatriser le passé. J’apprends, en même temps que j’apprends à Crapouillou, à gérer mes émotions, à rester bienveillante en toutes circonstances, à trouver des solutions aux problèmes, à écouter pour apprendre et non pour répondre, à apprécier les gens pour ce qu’ils sont, à être force de propositions et de solutions au lieu de subir les évènements…

J’ai encore de la route devant moi. Un jour, je trouverais peut être le courage de dire aux personnes à qui j’ai fait du mal que je suis désolée et que jamais leurs actions n’ont méritées telles réactions. Et que durant nos litiges, j’aurais du prendre le temps de les écouter, de me remettre en question, de proposer des solutions amiables ou encore de couper court à toutes interactions, n’étant pas capable de me contenir.

Pour l’instant malheureusement, je n’ai pas cette force, car je lutte encore avec moi même pour me défaire du passé, tous les « noeuds » n’étant pas résolus.

Un jour pourtant, je le sais, j’y arriverai.